Le street art a parcouru un chemin singulier : né comme transgression sur les murs interdits de New York et de Paris dans les années 1970-80, il est aujourd'hui commissionné par des municipalités, exposé dans des galeries et vendu aux enchères pour des sommes à six chiffres. Cette institutionnalisation suscite des débats légitimes sur l'authenticité de la démarche, mais elle a aussi permis à des artistes comme Banksy, Shepard Fairey, JR ou Invader de toucher des publics qui n'entrent jamais dans un musée.
Artistes urbains français et scène internationale
La scène française du street art produit des artistes qui rayonnent bien au-delà des frontières. JR, avec ses grands collages photographiques placardés sur des façades du monde entier, incarne une vision d'un art qui prend d'assaut les espaces publics, à la frontière entre photographie et intervention urbaine. Lek et Sowat travaillent les palimpsestes urbains, couches de peinture accumulées sur des murs anciens. Seth Globepainter peint des enfants regardant vers l'horizon dans des quartiers défavorisés de dizaines de pays. Ces travaux ont en commun d'utiliser l'espace public comme contexte signifiant, pas comme simple support.
Les fresques monumentales transforment des quartiers entiers. Des festivals comme le Grenoble Street Art Fest ou Living Walls à Atlanta commandent des œuvres qui restent visibles plusieurs années. À Paris, le 13e arrondissement en offre l'exemple le plus connu : d'après la galerie Itinerrance, Shepard Fairey y avait déjà peint une fresque en 2012, rue Jeanne-d'Arc, avant que Roa, Seth et bien d'autres ne couvrent les pignons du quartier, une galerie à ciel ouvert accessible à pied. Ces parcours street art se développent dans toutes les grandes villes et constituent une façon gratuite d'accéder à l'art contemporain.
Galeries spécialisées et marché de l'art urbain
La galerie outdoor n'est pas le seul lieu où le street art se montre. Des galeries intérieures spécialisées (Mathgoth à Paris, Above Second à Hong Kong) exposent des artistes urbains dans des formats de marché de l'art classique. Les foires comme le Urban Art Fair à Paris (annuel depuis 2016) rassemblent collectionneurs et artistes : sa première édition s'est tenue au Carreau du Temple en avril 2016, avec une trentaine de galeries venues de plusieurs pays. Mais l'essence du street art reste dans la rue, dans la surprise d'un sticker collé à hauteur d'œil dans une rue de province ou d'une fresque surgissant au coin d'une ruelle inattendue.
- Artistes français à suivre : JR, Lek et Sowat, Seth, C215, Vhils (Portugal/actif France)
- Artistes internationaux : Banksy, Shepard Fairey, Roa, Os Gemeos, Blu, Faith47
- Quartiers street art Paris : 13e arrondissement, Belleville, Montmartre, Oberkampf
- Lieux et festivals : Grenoble Street Art Fest, Vitry-sur-Seine, Murale (Montréal)
Graffiti et street art : ce que prévoit la loi en France
La reconnaissance du mouvement ne change rien au droit : peindre sur un mur sans l'accord de son propriétaire reste une infraction. Le Code pénal, dans ses dispositions sur les dégradations, punit de 3 750 euros d'amende et d'un travail d'intérêt général le fait de tracer inscriptions, signes ou dessins sans autorisation préalable sur une façade, un véhicule, la voie publique ou le mobilier urbain, lorsque le dommage reste léger. Au-delà, c'est le régime général de la dégradation du bien d'autrui qui s'applique, avec des peines plus lourdes.
C'est pourquoi les grandes fresques que l'on admire aujourd'hui sont presque toujours des commandes ou des murs prêtés : accord du propriétaire de l'immeuble, de la copropriété ou de la commune. Pour un artiste comme pour un particulier qui souhaite faire décorer un pignon, cette autorisation écrite est le premier document à obtenir.
Le street art est l'un des rares mouvements artistiques véritablement populaires au sens où tout le monde y a accès, partout, sans billet. XCX.fr documente cette scène avec la même rigueur qu'un musée, et la même liberté qu'un badaud curieux.
















